C’est quoi le synopsis de The Social Reckoning ?
En 2019, Frances Haugen, une ingénieure de Facebook, constate des dérives de la plateforme et tente de faire changer les choses de l’intérieur, en vain. Elle entre en relation avec le journaliste Jeff Horwitz du Wall Street Journal pour l’alerter sur la direction qu’a emprunté Facebook depuis plusieurs années. L’entreprise privilégie le profit, au détriment de la sécurité de ses utilisateurs. En 2021, le Wall Street Journal publie une enquête en plusieurs volumes : les Facebook Files…
The Social Network : le grand frère oscarisé
The Social Reckoning fait indirectement suite à son homologue, j’ai nommé, le génial et mémorable The Social Network (2010) réalisé par David Fincher (j’adore ce monsieur). Le premier volet (si on peut l’appeler comme ça) alternait entre le développement de Facebook et les procès opposant Mark Zuckerberg à Eduardo Saverin (cofondateur de Facebook) et les frères Winklevoss (à qui il aurait piqué l’idée).
The Social Network a un casting qui déchire avec Jesse Eisenberg, Andrew Garfield et Justin Timberlake. Le montage est impeccable en faisant monter la pression. Enfin, plusieurs séquences sont mémorables, grâce aux dialogues et à la mise en scène. Résultat : le film de Fincher est reparti avec 3 Oscar, 3 Golden Globes, 3 BAFTA et même 1 César (cocorico). Donc, autant dire que y’a un sacré bagage à porter en réalisant The Social Reckoning.
Tous les ingrédients pour faire une bonne suite… ou presque
David Fincher cède sa place à Aaron Sorkin, ce dernier ayant écrit le scénario de The Social Network. Aaron Sorkin est surtout un scénariste, qui s’est tourné vers la réalisation de films ces dix dernières années, dont il a reçu quelques nominations.
Le casting est tout simplement goldé avec de grosses têtes d’affiche : Mikey Madison (oscarisée pour Anora), Jeremy Allen White (récompensé plusieurs fois au Golden Globes pour la série The Bear) et Jeremy Strong (j’adore ce monsieur).
Donc : The Social Reckoning brille d’une aura grâce à son prédécesseur, le scénariste prend les commandes pour piloter la “suite”, et des superstars viennent porter le film. Où est-ce que ça pourrait merder ?
The Social Reckoning passe à côté de son propos
Je trouve que The Social Reckoning se viande pas mal dans sa proposition, à plusieurs échelles. D’abord, le montage est saccadé à cause d’interruptions par des transitions chronologiques et des fonds noirs. Ça casse complètement la dynamique, et nous perd plus que cela nous guide. Les sauts temporels sont alambiqués. Personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à rattacher les wagons sur la timeline de Zuckerberg en 2021. Peut-être que les américains ont suivi de très près cette affaire, mais de mon côté, j’avoue avoir manqué de pas mal de contexte. Le chef monteur est Alan Baumgarten, dont c’est la troisième collaboration avec Sorkin. Quand on survole sa filmographie, ça vend pas trop du rêve (à part Rental Family, mais ils étaient deux, donc ça compte pas).
Ensuite, sur le plan narratif, la période de 2019 à 2021 a été semée d’embûches, entre la crise sanitaire et les élections présidentielles aux USA. Difficile de dire que ces sujets ont été correctement traités. D’une part, la crise sanitaire est abordée de manière super étrange dans un dialogue incompréhensible, puis est expédiée en vitesse (avec quelques clins d’œil). D’autre part, le traitement des élections auraient pu aller encore plus loin. Bien heureusement, le film montre la violence qui s’est déversée sur le Capitole en janvier 2021. Sauf qu’il n’arrive pas appuyer sur son aspect totalement inédit et choquant. C’est le même problème qu’avec Michael, sorti cette année, qui est dans l’incapacité de montrer l’impact culturel et mondial de MJ. Il y a bien des fulgurances dans le scénario qui met précisément le doigt sur les vrais enjeux tangibles (porté d’ailleurs par le personnage de Bill Burr). Et au moment où le film devient intéressant, c’est-à-dire le dévoilement des Facebook Files, le film s’arrête. C’est exactement le même phénomène vécu avec Disclosure Day qui est un teasing de 2h pour se conclure sur… rien du tout. Les Facebook Files sont un sujet grave, dont j’ai eu le loisir de me documenter après le film. Le propos est à la limite d’être ringard. Est-ce que du haut de ses 65 ans, Aaron Sorkin est la bonne personne pour mener ce projet ? The Social Network était il y a 16 ans tout de même…
Enfin, le clou dans le cercueil, ce sont les dialogues. On essaie à la fois de créer des personnages avec un peu de profondeur, mais franchement, ça ne marche pas, et de développer l’affaire qui a mené au Facebook Files. On est le cul entre deux chaises avec un propos qui se veut social (tiens donc) et sociétal. Sauf qu’aucun des deux ne fonctionne vraiment. Les échanges entre Mikey Madison et Jeremy Allen White sont abscons voire incompréhensibles. On arrive à suivre l’affaire dans son ensemble, mais le cheminement se fait dans le brouillard. On a quelques personnages fonctions qui viennent expliquer avec des mots simples pour que l’on puisse garder le fil. Je peux pardonner pour Jeremy Strong, car Mark Zuckerberg doit être très particulier à interpréter. A l’inverse, la direction des acteurs pour les deux protagonistes est, selon moi, à la ramasse. Ce sont deux super talents qui sont mis en scène assez pauvrement. Je n’ai pas beaucoup parlé de la réalisation. Elle est symptomatique de tout ce qui a été dit jusque là. Malheureusement, ça fonctionne difficilement et le film a du mal à capter l’attention.
En savoir plus sur les Facebook Files
Honnêtement, le film traite plutôt en surface les problématiques. Le Congrès Américain a compilé les enquêtes du Wall Street Journal. Les articles ne sont pas accessibles au grand public (ce qui est franchement dommage). Pour résumer :
- Modération à deux vitesses : Facebook accordait des privilèges à des millions de comptes VIP, qui échappaient à certaines règles de modération.
- Santé mentale : Facebook savait qu’Instagram aggravait les problèmes d’image corporelle chez certaines adolescentes.
- Algorithmes haineux : Facebook savait que ses algorithmes favorisaient les contenus polarisants, conflictuels et sensationnalistes.
- Engagement : Facebook renonçait à certaines mesures correctives lorsqu’elles risquaient de diminuer l’engagement des utilisateurs.
- Désinformation : Facebook connaissait les mécanismes favorisant la propagation de fausses informations, sans parvenir à les maîtriser.
- Violence et criminalité : Facebook était informé de l’utilisation de ses plateformes par des trafiquants d’êtres humains, des cartels et des groupes violents.
- Modération internationale : Facebook consacrait des ressources insuffisantes à la modération dans certains pays, malgré les risques identifiés.
- Addiction : des recherches internes révélaient qu’environ un utilisateur sur huit déclarait une utilisation compulsive affectant son quotidien.
- Intelligence artificielle : Facebook connaissait les limites importantes de ses outils automatisés de détection des contenus dangereux.
- Transparence : Facebook communiquait publiquement une vision plus rassurante que celle qui ressortait de certaines de ses recherches internes.
Bilan de The Social Reckoning
The Social Reckoning est un acte manqué qui avait beaucoup de poids sur ses épaules. Il aurait pu être un film d’enquête, qui appuie davantage sur la pression autour des protagonistes et des risques qu’ils prennent, ainsi qu’un récit de “procès”, pour dénoncer les agissements de Facebook. C’est un film assez inoffensif dans l’ensemble. J’en profile, si t’es encore là : Meta Business est une merde à utiliser. Ça montre bien que Facebook eux-même n’utilise pas leurs outils.