C’est quoi le synopsis de Bugonia ?
Teddy (Jesse Plemons) est un homme obsédé par les théories du complot. Les abeilles meurent, et il accuse non pas les corporations de bouleverser l’écosystème terrestre, mais bel et bien les extraterrestres. Selon lui, la Terre a été envahie par des aliens qui souhaitent l’extinction de l’humanité. Teddy et son cousin Don (Aidan Delbis) décident de passer à l’action en kidnappant la grande PDG Michelle Fuller (Emma Stone), qu’ils suspectent d’être une envoyée d’ailleurs…
Est-ce que Bugonia vaut le coup ?
Après les excellents Pauvres Créatures et Kinds of Kindness, Monsieur Yorgos Lanthimos débarque avec une énième œuvre complètement barrée. Le réalisateur poursuit dans la voie du déroutant, de l’absurde et du malsain en contant l’histoire de deux cousins, à la relation douce et toxique, qui capturent une femme PDG, soi disant alien, pour la forcer à prendre contact avec les siens et négocier la libération des humains.
C’est un quasi huis clos, où l’on voit un Jesse Plemons terrifiant dans son jeu : dominateur, frustré, dérangé, dangereux, égoïste, pervers. Son cousin Don vit avec une déficience intellectuelle, un rôle incarné par Aidan Delbis, lui-même concerné par une forme d’autisme, se laisse complètement malmener, souvent de manière insidieuse, par Teddy. Comme nous, spectateurs, sommes témoins des agissements des ravisseurs, nous nous retrouvons dans une posture d’inconfort tout au long du film. On assiste à des séquences de violence et d’absurdité. Rapidement, on est fixé et on comprend bien qu’il n’y aura pas de limites. En effet, dès le début, Teddy exprime clairement que la convention de Genève et les autres pratiques juridiques ne concernent pas la PDG, étant qu’elle serait une extraterrestre. Emma Stone est brillante. Son apparence est telle que le doute est semé. Le trio de personnages forme un cocktail explosif, qui fait tressaillir par moment (sans jamais tomber dans le torture porn ou le gore inutile). On reste sur la ligne éditoriale du réalisateur, dans la même lancée que le second et troisième acte de Kinds of Kindness. La tension monte graduellement jusqu’au point où l’issue de l’histoire peut basculer à chaque instant.
La réalisation est totalement maîtrisée. Les prises de vue sont souvent en décalage pour montrer visuellement l’inconfort ou la posture de domination. Et lorsque tout redevient droit et “propre”, on ressent une sensation de contrôle. Tout est mis en œuvre pour que l’on se glisse dans la peau de Teddy : sa maison en mauvais état, son travail aliénant, sa passion pour les abeilles, sa relation avec Don, qui est un reflet d’une partie de sa personnalité qu’il a reniée. Beaucoup de non-dits et d’éléments suggérés permettent de saisir l’ampleur de la folie de Teddy. La véritable question : jusqu’où est-il prêt à aller ?
Que retenir de Bugonia ?
Bugonia est un film démentiel, qui vous fera osciller entre l’humour des situations absurdes et la terreur que dégage les personnages à l’égard de la victime. Yorgos Lanthimos prouve une nouvelle fois sa maîtrise pour les récits ambigus avec une identité forte et assumée. C’est un réalisateur jusqu’auboutiste capable de pousser ses concepts très loin. Pour une année relativement effacée, Bugonia clôture bien 2025.