Le Dernier Samaritain : les années 90, cette glorieuse époque

Le Dernier Samaritain est un film d'action, sorti en 1991, réalisé par Tony Scott et écrit par Shane Black.
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Dans les années 80, l’homme providentiel full testo occupait l’espace hollywoodien des films d’action : Commando, Rambo 2, Predator — Schwarzy et Stallone en figure de proue.

Dans les années 2000, on suivait des hommes ordinaires qui se changeaient en super héros, dans un registre plus sombre : Matrix, Spiderman, Xmen.

Entre ces deux périodes, les années 90 se positionnaient à la frontière de ces deux époques : le presque-surhomme taciturne — la naissance d’un anti-héros en réponse à la fatigue des culturistes infaillibles. J’ose nommer Bruce Willis et Patrick Poivey (sa voix française), en tant que représentant du parfait salaud charismatique et bienveillant. On peut saluer Shane Black, à l’origine de toute sorte de film d’action typique des années 90, ainsi que les réalisateurs Tony Scott et John McTiernan.

C’est quoi la recette d’un bon film d’action divertissant des années 90 ?

1 – De la punchline : le protagoniste doit passer son temps à vanner les autres, et s’il est seul, à se vanner lui-même. La nonchalance est une qualité dans ce contexte.

2 – Un side-kick complémentaire : “je t’aime, moi non plus.” C’est toujours plus sympa quand on a un mec en-deçà des compétences martiales du héros, capable de se distinguer par leur perspicacité ou leur malice (on retrouve souvent des gamins insupportablement sympathiques dans ce rôle, n’est-ce pas Last Action Hero ?!)

3 – Déborder de soft power américain : un buddy movie à l’ancienne doit te marteler avec son drapeau, son système bien à lui (où on a l’impression que le président américain est le président de toutes les nations) et sa musique entrainante connue à l’internationale.

4 – De la violence décomplexée : oui, parce que si on passe plus de quinze minutes à pas avoir de torgnole, de fusillade ou de voiture qui explose, on a du se tromper d’année. De la violence au nom de la liberté (2e amendement de la constitution des USA) ou pour dire que la drogue, c’est mal. En bref, on colle surtout des patates ou des pruneaux.

5 – Avoir des cheveux : Bruce Willis chauve, c’est plus vraiment John McClane. Remettez une moumoute sur la tête de Samuel L. Jackson, qu’il aille citer la Bible en vidant quelques chargeurs sur des gamins de 21 ans.

Le Dernier Samaritain

On va parler du Dernier Samaritain (ou The Last Boy Scout en VO) qui coche toutes les cases de la recette parfaite. 

Le film démarre sur fond de match de super bowl, de drapeau américain et du gros rock à la Bruce Springsteen, pour rappeler que les USA sont au sommet de leur forme. On comprend vite qu’il y a une sombre affaire de corruption et un joueur de NFL sort un pétard pour exploser trois têtes de l’équipe adversaire. Ça commence bien !

Le film enchaîne sur Joe (Bruce Wills), un détective misérable, qui se réveille dans sa voiture avec un rat crevé sur la tête, en affirmant que c’est le roi des cons. En cinq minutes, il se fait cocu, son meilleur pote (qui se tapait sa femme) explose dans une voiture piégée et sa prochaine mission est de protéger une danseuse de charme. En parallèle, on rencontre Jimmy (Damon Wayans, le papa dans Ma Famille d’Abord), ancien joueur de NFL, exclu par la fédération, et petit copain de la danseuse de charme. A peine levé, il bazarde un ballon à mac 12 dans la fife d’un salopard qui l’avait bien mérité. Donc, déjà rien qu’en dix minutes, on comprend rapidement qu’on va passer un très bon moment de légèreté et de pure violence. La décadence accompagne nos deux (anti-)héros, critiquant un système à la dérive : le rêve américain n’est qu’un lointain souvenir porté par de rares individus considérés comme des marginaux. Les dialogues sont un bonbon de punchline et d’ego mal placé. Je vais pas rentrer plus dans le détail du récit. On est au carrefour entre Commando, Last Action Hero et Die Hard Piège de Cristal.

J’ai cru comprendre que la production se serait très mal passée : tout le monde se détestait et la direction artistique changeait souvent. Par conséquent, je trouve ça encore plus miraculeux que Le Dernier Samaritain ait cette allure. Ce film est une bulle à part d’une époque révolue. C’est un excellent moment à passer pour débrancher son cerveau, se servir un verre de scotch, fumer une clope et dire que “la vie est une pute” (ça marche mieux quand c’est Patrick Poivey qui le dit). Le film récent qui se rapproche le plus de ce style (davantage porté sur la chorégraphie que la violence graphique), c’est le génial The Fall Guy, avec Ryan Gosling.

Cet article est dédié à mon ami et collègue Camille X. Morgan !