Critique : Aprile – Plonger dans l’esprit de Nanni Moretti !

Aprile est une comédie dramatique autobiographique, sortie en 1998, réalisée par Nanni Moretti. Le film est ressorti en salle au T4 2026 à Strasbourg.
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C’est quoi le synopsis d'Aprile de Nanni Moretti ?

Dans les années 90, Nanni Moretti est un réalisateur italien réputé. Plusieurs événements vont bousculer sa vie. D’abord, l’Italie se déchire sur le plan politique entre une droite dominante et une gauche passive ; Nanni est un fervent partisan de la gauche italienne, et la situation le met en colère. Ensuite, le réalisateur est en proie à une panne artistique face au tournage de son prochain film : une comédie musicale. Enfin, sa femme lui annonce qu’elle est enceinte et que Nanni va devenir papa. Comment va-t-il jongler avec ces changements ?

Un peu de contexte sur ma relation avec l'auteur

En amont de cette analyse, un peu de contexte ferait du bien. Nanni Moretti est un auteur respecté dans le milieu du cinéma à l’international. Ces films ont plusieurs fois été sélectionnés à Cannes, avec notamment une Palme d’Or en 2001, et il a été membre et président du jury du Festival de Cannes (sans compter toutes les autres manifestations du milieu comme la Mostra de Venise). Je ne connais absolument pas le travail de cet artiste. Aprile est donc la première relation que j’entame avec lui et son univers.

Aprile est une fresque autobiographique qui nous plonge dans l’environnement du réalisateur, autant sur le plan politique, professionnel que personnel. Tous les personnages incarnent leur propre rôle, pour décrire cette période qui a marqué l’auteur. En effet, on parle bien d’un film d’auteur : il est à la fois réalisateur, scénariste, producteur et même acteur principal. Cette posture lui permet d’avoir l’amplitude maximale pour raconter cette histoire le plus fidèlement possible.

Nanni Moretti en pleine mutation

Aprile Scène

Nanni Moretti se dépeint comme un homme excentrique et plein de contradictions, enchaînant des phases de troubles (vide, panique) et de victoires. Il est clairement en mutation à différentes échelles ; c’est une période de transition. Même pour nous, spectateurs, on comprend que l’on traverse une parenthèse, ou plutôt un tumulte. Dès les premières minutes du film, on se sent désorienté à l’instar du protagoniste. Il abandonne son film pour réaliser un documentaire sur les élections, produit avec son lot de génie et de caprice. 

L’arrivée imminente de son premier enfant le touche profondément, au point de mêler son univers professionnel à sa vie familiale : il va au cinéma avec sa femme enceinte (pour que l’enfant s’imprègne de cet atmosphère), il filme la naissance, il laisse son enfant jouer à côté de lui pendant qu’il travaille. A la manière de sa femme qui est enceinte, Nanni est lui aussi en période de gestation.

Le spectateur est transporté dans une narration fragmentée, ellipsée et frénétique. Les dialogues et les séquences nous immergent dans un quotidien banal tout en ayant des sauts d’humeur pour nous rappeler régulièrement la perturbation en cours. Je pense notamment à la conversation entre le réalisateur et sa femme concernant les phases lors de la perte des eaux, ou l’une des dernières scène avec le mètre (qui est aussi une forme de célébration). Nanni Moretti est une personnalité marquée et incisive aux différentes facettes dont l’esprit semble presque inaccessible.

Aprile et le Livre des Solutions

A bien des égards, j’ai trouvé de nombreuses similitudes avec le scénario du film Le Livre des Solutions (2023) de Michel Gondry. Pierre Niney incarne un réalisateur impulsif, hyperactif et hypersensible. Il n’arrive pas à finir son long-métrage et fuit avec une partie de son équipe pour le conclure. Le personnage de Pierre Niney est submergé d’idées, qui n’ont souvent rien à voir avec sa tâche initiale, mais il va aller au bout de chacune d’entre elles. Dans cette histoire, on passe souvent du coq à l’âne, où, un matin, le protagoniste enregistre la BO avec Sting et, l’après-midi, il devient maire du village. C’est cette attitude complètement farfelue et non-linéaire qui fait écho avec Aprile.

Une réalisation maîtrisée

Aprile Scène Journaux

Bien que le scénario peut parfois paraître absconse, la réalisation est impeccable. Le cadre est légèrement plus resserré et souvent fixe pour que l’on soit au plus proche des personnages ainsi que des situations de la vie quotidienne. La couleur est désaturée pour appuyer son aspect commun, mais on remarque que le rouge est souvent présent pour créer du contraste et guider le regard. Je ne sais pas si le film a bénéficié d’une révision de l’image, car, en 2026, elle semble particulièrement nette, avec un grain minime (alors que le film est sorti en 1998 pour rappel !).

Nanni Moretti et son cinéma

Aprile fait partie de ces films qui sont une ode au cinéma. Les années 90 sont ponctuées de grandes productions audiovisuelles comme Heat (1995) de Michael Mann ou Usual Suspect (1995) de Bryan Singer. Nanni Moretti représente ce cinéma avec sa sensibilité. Le choix de dresser un récit autobiographique facilite l’immersion grâce à ce genre de détails (autant à l’image que dans les dialogues).

Finalement, Aprile est une bonne entrée en matière pour avoir un aperçu de l’état d’esprit de Nanni Moretti et de son cinéma. Le film peut paraître difficile d’accès dans les premières minutes, puis finit par nous transporter dans cet environnement en mutation. Pour découvrir ou revoir Aprile, ça se passe au Cinéma Star à Strasbourg. Prends ta place !