Critique : Soudain (2026) – Un film plein de tendresse et d’humanité

Soudain est un drame, sorti le 12 août 2026, réalisé par Ryusuke Hamaguchi, récompensé au Festival de Cannes.
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C’est quoi le synopsis de Soudain ?

Marie-Lou (Virginie Efira) est directrice d’EHPAD. Elle se bat avec sa hiérarchie pour offrir de meilleures conditions de travail au personnel médical et pour mettre en place une nouvelle méthode d’accompagnement plus humaine pour les résidents. Elle rencontre Mari (Tao Okamoto), une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer, qui présente sa pièce de théâtre autour des maladies mentales. Marie-Lou et Mari se comprennent immédiatement et nouent des liens extrêmement forts…

Est-ce que Soudain vaut le coup ?

Soudain est un film extrêmement généreux, délicat et touchant. Il y a énormément de choses à dire que les mots vont me manquer dans cette critique. Je craignais qu’en 3h20, l’ennui s’installe, et au final, le rythme est très bien géré. Le récit se déroule essentiellement à Paris, avec un passage au Japon. Je considère qu’il se passe en trois actes. Le premier acte est le plus captivant, avec l’exposition du décor et des personnages, et, surtout, la rencontre entre les deux femmes. On passe une nuit entière à écouter leurs conversations, à refaire le monde. La réalisation arrive à condenser cette atmosphère pour aussi montrer un quotidien dans les métiers du médical. A partir de l’acte deux, on prend une profonde respiration, avec une succession de plans fixes, nous incitant à être attentif à notre environnement. Et c’est cette énergie qui va se mêler à la densité du début dans le dernier acte. Le cadre est volontairement beaucoup plus serré (je ne connais pas les formats), afin d’être au plus proche des personnages et de percevoir leurs émotions. L’image est impeccable, avec de très beaux jeux de lumière, d’espace et de couleurs pour attirer notre regard.

L’alchimie entre Virginie Efira et Tao Okamoto est tout simplement brillante et palpable. Quelle merveilleuse idée d’avoir rendu les dialogues plurilingues, alternant entre le français et le japonais. C’est la rencontre entre deux cultures qui s’entremêlent. Les protagonistes sont littéralement foudroyées par cette rencontre, où elles ne voudront plus se quitter (et on ne veut pas les voir se quitter). L’écriture est vraiment maîtrisée et prenante. Tous les autres acteurs font également une très bonne prestation.

Avec Soudain, on réapprend à regarder l’autre, lui parler, le toucher, le ressentir. On tient à peine debout, à force d’avoir la tête penchée vers notre téléphone. Nous, en tant qu’être humain, perdons le sens du collectif et de l’empathie. Il y a une très bonne séquence qui illustre avec beaucoup de clarté la détresse dans laquelle nous vivons. Il existe deux mondes : celui de l’intérieur et de l’extérieur. L’intérieur se compose, notamment, du confort de vie, qui dépend de l’extérieur, où se situent la nature, les ressources primaires, les travailleurs essentiels à la société. L’intérieur se recroqueville de plus en plus sur lui-même à force de se nourrir de l’extérieur. C’est une lecture qui se fait à plusieurs échelles : autant dans un EHPAD qu’au sein de l’entièreté du système capitaliste, qui aujourd’hui semble tendre vers un système de rentier, poussant le monde à s’autodétruire (si c’est pas clair, il le raconte bien dans le film).

C'est quoi le message de Soudain ?

Tout le propos de Soudain est là : sommes-nous encore vivants et sains d’esprit ? Qu’est-ce qui nous différencie des personnes atteintes de pathologies mentales ? Ça fait écho avec l’Armée des Douze Singes (1995) : Est-ce que le monde est devenu fou ? Ou ai-je perdu la raison ? Ou est-ce les deux ? Nous sommes tous tombés malade d’une certaine façon. Mais nous pouvons encore guérir. Et même pour ceux qui subissent leur maladie, nous pouvons encore maintenir et stimuler leur âme. C’est un effort collectif, qui ne peut (et qui ne devrait pas) être alimenté par un système qui se nourrit de cette détresse. C’est à nous toutes et tous de court-circuiter ce qui nous plafonne. Il est temps de revenir à l’essentiel. Même si l’avenir semble très inquiétant, il faut au moins essayer. Nous ne sommes peut-être qu’à un seul pas de retrouver notre humanité et notre liberté.