C’est quoi le synopsis de l'Odyssée ?
Après la guerre de Troie, Ulysse, général de l’armée d’Agamemnon, veut rentrer à Ithaque, rejoindre sa femme Pénélope et son fils Télémaque. Mais voilà près de 20 ans qu’Ulysse est porté disparu. Pourquoi n’est-il pas rentré ? Est-il mort ? Peu importe. Pénélope est contrainte d’accueillir des prétendants et de devoir se marier à nouveau. Ithaque ne peut pas rester sans roi éternellement…
Est-ce que l'Odyssée vaut le coup ?
Christopher Nolan nous délivre son nouveau long-métrage, après le succès d’Oppenheimer en 2023. Il change totalement de registre en se lançant dans le projet ambitieux de mettre en image l’épopée mythologique d’Ulysse récitée par Homère. Lointain souvenir du collège ou épisode parodique des Simpson, nous connaissons tous, plus ou moins, cette histoire et ces personnages qui a traversé le temps. Une histoire qui mêle batailles, actes divins, monstruosités, sorcellerie, surfant entre le plan des mortels et le monde des dieux. On a plutôt l’habitude de voir Nolan traiter du sujet de la perception de la réalité et du rationnel. Il a cette tendance à rendre plus réaliste son univers : je pense notamment à la trilogie des Batman qui fonctionne avec brio. Est-ce que cette vision Nolan-esque peut vraiment fonctionner avec l’Odyssée ? Selon moi, c’est mitigé.
D’un côté, on est témoin d’une structure visuelle très convaincante. Les décors, les costumes, le maquillage et les effets visuels nous immergent pleinement dans cette épopée. On sent qu’il y a eu beaucoup de moyens déployés pour avoir un résultat aussi léché. Pour un film de 3 heures, le rythme est bien tenu, jusqu’au clou du spectacle dans le dernier acte. Le build up, en amont, et les points de vue variés ont permis une belle montée en tension tout au long du film ; ça m’a fait écho à la série animée Vinland Saga.
Les acteurs principaux donnent du caractère à leur rôle. Matt Damon incarne avec crédibilité Ulysse, se tenant presque au coude-à-coude avec le Maximus de Russel Crow. Il tient de grands phrasés qui percutent avec justesse au bon moment. A bien des égards, Ulysse m’a rappelé Obi Wan Kenobi ; ce n’est pas pour me déplaire. C’est là qu’on se rend compte du poids, même inconscient, que porte ce récit : l’Odyssée pose les fondations des grandes sagas d’aventure, comme la légende arthurienne. Anne Hathaway comble le manque d’émotion, avec des séquences vibrantes de sincérité. Et puis, JON BERNTHAL !! Le retour de l’acteur dans un rôle de chien galeux désabusé complètement alcoolique et ravagé, au sommet de sa gloire perdue.
Puis, d’un autre côté, j’ai du mal à être pleinement dedans. L’Odyssée subit automatiquement la comparaison avec les péplums d’action et les films au récit épique : Gladiator, Le Seigneur des Anneaux et Dune. Le film de Nolan a une direction artistique froide, désaturée et sombre, qui colle difficilement avec l’épopée que l’on souhaite nous exposer. Il y a un aspect très lisse, trop propre et trop rationnel des éléments. Je peux reconnaître certain parti pris comme l’apparence dérangeante du cyclope ou la séquence effroyable chez Circé, mais pour le reste, ça manque de fantaisie. On aurait pu vraiment lâcher du lest pour ressentir le poids du voyage. Les enfers sont représentés avec douze mecs recouverts de boue ; j’ai connu plus fantasque.
Le casting fait peut être tout much. On a une bonne dizaine de têtes d’affiche, dont la majorité ont un temps d’écran de troi(e)s minutes et cinq lignes de dialogues. Tom Holland joue Peter Parker couplé d’un jeune Paul Atréides, mais dont certaines répliques font mouche (faut-il remercier Homère ou Nolan ?), rappelant à Pattinson que c’est lui qui est marié à Zendaya. La musique est très discrète et pas du tout mémorable. Le dernier acte du film est le plus réussi, avec des dialogues fins faisant la synthèse du voyage. Je reconnais volontiers les qualités du film, cependant, j’ai du mal à l’élever au côté de ses pairs au récit grandiose. Est-ce parce que ce film est le fruit de notamment un seul individu : Nolan ? Là où les autres long-métrages similaires ont davantage un attrait composite. Je n’ai pas la réponse. C’est grandiose, mais pas spectaculaire, au point de me dire que ce sera difficile à regarder sur un écran de TV à la maison.
Évidemment, bien que ce voyage ait été récité il y a plus de 2000 ans, on retrouve des thématiques et messages notables. La loi de Zeus revient régulièrement : faire preuve d’hospitalité, d’accueillir comme on voudrait que l’on soit accueilli. On est clairement porté sur l’empathie, le respect de son prochain, l’égalité entre les individus (peu importe le sexe, le statut ou l’ethnie). La guerre de Troie rappelle une chose : aucune guerre n’est propre. Peu importe les raisons d’un affrontement mortel : la guerre laisse derrière elle la mort et la désolation. Il est souvent dit que l’histoire est écrite par les vainqueurs ; dans une guerre, il n’y a pas de vainqueurs, seulement des survivants. Les dégâts sont considérables, et c’est souvent à posteriori que l’on se rend compte des dommages infligés. Alors, pour quelle raison provoquer des conflits ? La tentation est pointée du doigt : d’être incapable d’abnégation et de choisir la facilité pour se satisfaire – piller, tuer, violer, brûler, détruire. Les Hommes portent leur regard vers l’horizon, mais ils ont appris à fixer la terre. Le seul chemin qu’ils leur restent est celui du pardon.